
J’adore le champagne, doublement lorsqu’il n’est pas dosé. Deux raisons qui m’ont poussée à franchir la porte du Violon d’Ingres pour y réviser la gamme des champagnes Lallier, une petite maison d’Aÿ que j’avais découverte deux ans plus tôt. Autour de la table ce jour-là, le dégustateur Bernard Burtschy et Serge Dubs, le sommelier du triple étoilé L’Auberge de l’Ill, qui conseille la maison sur la partie vinification et assemblage.
J’arrive à vélo, il fait chaud. Crac, apéro. On me colle le blanc de blancs dans les narines, ça réhydrate fissa. Tendu, frais, incisif. Forcément on se dit que des gentillesses, mais je suis surtout ravie de faire enfin la connaissance de Serge Dubs, venu avec son épouse, et dont la réputation résonne à mes oreilles chaque fois que je me rends dans le vignoble alsacien. Cette fois-ci il ne m’échappera pas hé hé !

Lallier en deux mots, c’est 400 000 bouteilles, uniquement en Grand Cru, chardonnay et pinot noir, 12 hectares en propre et une cinquantaine d’hectares en approvisionnements (bien sûr là aussi en grands crus exclusivement). Cette petite maison champenoise a été rachetée en 2004 par Francis Tribaut, vigneron du cru, à James Lallier qui l’avait lui-même acquise en 1996 ; avant cela, la marque battait pavillon René Brun. James Lallier créa ainsi le champagne René-James Lallier (Lallier tout court c’est quand même mieux !). Sachez aussi que la famille Lallier est apparentée à la famille Deutz.
Voilà pour les présentations. Côté vin, ce que j’aime chez Lallier c’est sa fraîcheur et sa tension. Mais pas dans le genre dépouillé : il y a du vin, on n’est pas là non plus pour siroter de la coupette. Circulez jeunes filles ! Non mais.
Mes préférés sont le zéro dosage (70% de pinot noir, vineux, étincelant), le blanc de blancs et le rosé : un rosé délicat, dosé à 7g, obtenu par saignée (70% de saignée avec 40% de chardonnay) et par ajout de vin rouge. Mais le grand apport de raisin blanc lui donne une belle énergie et évite l’écueil du fruit rouge (genre confiture Bonne Maman). C’est un vin qui détrônera facilement le blanc à l’apéritif.

Il y eut aussi un 1985 très en forme, toasté, vineux, une belle preuve d’espérance sur la longévité champenoise. Et le Grande Réserve (le brut), très bien aussi dans un style plus simple.
Et pour le dessert, un Grand Dosage épatant : grand dosage déjà, rien que le nom met en appétit (beaucoup mieux que les doux, demi-doux, pas très secs, moelleux, sucrés, et pire, les secs qui sont en fait des doux !!! A devenir timbré !). C’est en réalité un 2004 démillésimé et rhabillé en doux. Pas trop sucré pour autant (18 g), il offre juste ce qu’il faut de douceur pour accompagner le millefeuille à la vanille qui s’avance en majesté.
Champagne Lallier à Aÿ – Tél. : 03 26 55 43 40
www.champagne-lallier.com
Vins entre 28 et 49 euros chez les cavistes.
Photos Picrocol