Archive de février, 2011

Le vin et les ados : je trinque moi non plus

28 fév

C’était aujourd’hui sur Canal+ à 13h30, dans l’émission L’Édition Spéciale de Bruce Toussaint.
Où il fut question, entre le débarquement de MAM et l’atterrissage à Hollywood des statuettes bronzées, du vin et des jeunes. Lesdits jeunes épinglés par une étude néo-zélandaise montrant à grand renfort de chiffres exprimés en pourcentage, que la jeunesse (toute la jeunesse ?) sombrait une fois de plus dans l’alcoolisme. Étude, vous le noterez, dont on ne sait jamais qui est interrogé, quand ni sur quelle échelle de grandeur. Bref.

84% des adolescents de 15 ans ont déjà bu du vin.
Mais entre boire un fond de verre à l’anniversaire de Mamie ou deux gorgées de champagne pour sa première Communion et se vider le jaja de papa tous les midis… il y a un monde, que franchit allègrement l’étude puisqu’on nous la présente comme vérité biblique. Jean-Michel Cohen, le docteur es-média spécialiste du PAF est appelé à la rescousse et nous livre son analyse : un ado qui trinque est un alcoolique en puissance. Heureusement notre Périco National pourfend l’abstème en parlant d’éducation, de culture, de patrimoine ;  » il faut éduquer les jeunes à la gestion intelligente et rationnelle de l’alcool ».
En d’autres termes, pas d’urgence pour faire goûter du vin aux jeunes, mais pas de défiance non plus si tant est que cela reste du domaine de l’exception.

La question que m’inspire ce débat, si légitime soit-il, est la suivante : pourquoi, lorsque l’on parle du vin à la TV, est-ce toujours sur les thèmes « vin et alcool », « coma éthylique », « mon ado trinque, ses parents boivent » etc… ? Vin égale danger semble être le seul message de santé publique. Plus que regrettable, stupide.

Marathon de Sauternes !

25 fév


reconnaissance marathon sauternes07012011
envoyé par rapetou1. – Foot, rugby, surf et encore plus de sports en vidéo.

Le parcours a été filmé début janvier, ça gadouille et ça meule mais le 4 juin cela devrait ressembler à toute autre chose. N’ayant couru jusqu’ici que des 20 km, je me tâte encore de savoir si je tente le parcours. Mais l’attrait de ces vins d’or géniaux me titille !
Paraît aussi que si on arrive premier, on gagne son poids en sauternes ! C’est une motivation comme une autre…

Je lance donc un appel à tous les coureurs, buveurs et dipsodes : qui veut courir le premier Marathon du Sauternais le samedi 4 juin 2011 à 8h30 ? L’idée est d’arriver la veille bien sûr et de rester le dimanche pour s’hydrater.

SOS vigneron en danger

24 fév

Le 10 février dernier, à la lecture quotidienne d’Alastyn, je suis tombé sur ce billet du Domaine du Prat dont la tonalité désabusée m’a rappelé étrangement celle exprimée par Olivier B. et Romain Cabannes sur leur blog respectif il y a quelques semaines. La fameuse loi des séries avait encore frappé.

En appelant ce matin Madame Lafon, je savais déjà que ce petit Domaine niché au fond de l’estuaire de la Gironde, à l’ombre des grands noms de Margaux ou du Haut-Médoc, avait été touché il y a tout juste une année par les effets dévastateurs de la tempête Xynthia. Si les éléments déchaînés ont surtout frappé les zones côtières avec le bilan dramatique que l’on connaît, la montée des eaux a aussi fait son oeuvre jusqu’à ce petit coin tranquille abritant les vignes du Domaine du Prat qui ont passé plusieurs semaines submergées.

Madame Lafon m’a confirmé que cette catastrophe naturelle, avec tous les effets secondaires dont on ne parle jamais, avait considérablement fragilisé l’équilibre financier de l’exploitation et que ses problèmes actuels de santé cumulés à une forte baisse des ventes l’avaient poussés à ce cri de détresse.

Alors, même si la période de voeux est déjà loin derrière nous, je souhaite qu’en ce début d’année 2011, le sauvetage encore provisoire mais exemplaire de l’activité d’Olivier B ne soit pas qu’une heureuse exception et que la solidarité de la blogosphère du vin fasse encore oeuvre utile.

La façon la plus simple d’aider aujourd’hui le Domaine du Prat est de faire venir un maximum de monde au caveau de dégustation situé à l’adresse suivante : 51 avenue de la Coste 33460 Macau (RV par téléphone au 05 57 88 44 93). Monsieur et Madame Lafon vous recevront à bras ouverts pour vous faire découvrir leur gamme de Bordeaux Supérieur.

Alors, à votre bon coeur Messieurs Dames.

Olivier Floch.

Du vin culte au vin culture

15 fév


Sur l’obélisque de Louksor, érigé en 1836 sur la place de la Concorde, on peut voir sur l’une des faces une scène représentant Ramsès II faisant offrande de vin au dieu Amon. Roger Dion écrit que « Toutes les sociétés méditerranéennes productrices de vin l’ont utilisé comme symbole de la civilisation elle-même. Pour elles, une société digne de ce nom ne pouvait que produire une viticulture savante et des vins de qualité. Les peuples qui ne faisaient pas de vin ne pouvaient être que des barbares« . Déjà, à la fin du Ve siècle, Thucydide disait : « Les peuples méditerranéens commencèrent à sortir de la barbarie quand ils apprirent à cultiver la vigne« . Les barbares, ces individus qui ne savaient pas le grec (plus tard le latin)… Cultiver la vigne, c’est donc se cultiver, accéder à la connaissance par le langage. Car tout dans le vin pousse et appelle au progrès, scientifique et humain. Les techniques échafaudées au cours des siècles (l’invention de la bouteille, du bouchon en liège, du tire-bouchon, l’ajout de soufre etc.), plus tard les méthodes de vinification permettant de ne plus rater un millésime (avec toutes les dérives industrielles que l’on connaît, engendrées par la course au volume), la connaissance des sols, des conditions climatiques, tout cela n’est qu’une quête de l’excellence sans fin. Qui passe autant par la recherche du meilleur mode de bouchage que par de nouvelles voies pour élaborer du vin.

Egypte Mania

14 fév

Dans l’Égypte ancienne, le vin était désigné par le hiéroglyphe « arp ». C’est la fréquence de ce hiéroglyphe qui permit d’ailleurs à Jean-François Champollion de déchiffrer l’ensemble de l’écriture le 14 décembre 1822. « Arp » fut donc le premier mot connu de l’ancienne langue égyptienne, le point de départ de la connaissance de la civilisation des pharaons. Notons aussi que le dieu Osiris fut vénéré comme premier vigneron et que dans son rituel on prononçait ces mots : « Je suis la résurrection et la vie ». Principe vital mais aussi culturel puisque les grands crus du delta du Nil étaient fort réputés et réservés à la noblesse quand la bière était l’apanage du peuple.
Le plus ancien poème du monde (vers 2600 ans avant notre ère), l’épopée de Gilgamesh, se termine par un récit de déluge, avec la construction d’une arche où le Noé mésopotamien offrait aux ouvriers du vin, bien avant la première mention de la vigne et du vin dans la Bible !

Le sauvignon du moment !

12 fév

Après six ans passés chez Charles Joguet, l’un des meilleurs domaines de Chinon, François-Xavier Barc a créé en mai 2010 sa structure de production et de négoce « Complices de Loire« .

Avec un associé, ils ont sélectionné des vignerons qui partagent leur vision du vin – sincérité, pureté du fruit – et élaborent toute une gamme de vins ligériens, sur les deux rives : Saint-Nicolas de Bourgueil, Bourgueil, Touraine Sauvignon, Saumur-Champigny, Chinon.

Parmi les vins dégustés, un petit coup de coeur pour le tout nouveau Touraine 2010, qui n’a pas encore été baptisé… Un sauvignon plein et juteux, avec des fruits blancs et des agrumes, sans cette rigueur végétale que l’on trouve sur un grand nombre de vins de ce cépage.
En l’attendant, attardez-vous sur l’autre cuvée Touraine Sauvignon 2010, joliment nommée « Pointes d’agrumes », tout aussi jolie, un peu plus tendue, parfaite pour l’apéritif, sur des poissons blancs ou des fruits de mer.

Prix : 12 euros pour le « sans nom » et 6 euros pour Pointes d’Agrumes
Contact : François-Xavier Barc
06 84 35 22 07
fxbarc@complicesdeloire.com

Saignée télévisuelle !

11 fév

Tous à vos postes ! Samedi 12 février à 20h30, cap sur la troisième chaîne…
Le premier épisode du Sang de la Vigne, la série policière co-écrite par Jean-Pierre Alaux et Noël Balen, sera diffusé sur France 3 demain soir.
Cet épisode intitulé « Les Larmes de Pasquin » est l’adaptation du roman Saint-Petrus et le saigneur, publié chez Fayard.

Le pitch : une série de meurtres est perpétrée à Pomerol. Les victimes sont toutes des personnes âgées et le serial killer agit selon le même rituel à chaque fois, laissant un verre de Petrus sur le lieu du crime. L’oenologue héros, joué par Pierre Arditi, va mener l’enquête. A ses côtés, un Jean Benguigui en pleine forme.

Cette adaptation télévisuelle est une première. Si l’audience est au rendez-vous, d’autres suivront ! J’ai interviewé dans Buzz Vins, sur LCI Radio, Jean-Pierre Alaux, qui nous en dit un peu plus sur ce téléfilm.

Ecoutez l’interview radio

Retrouvez les 17 tomes du Sang de la vigne aux Éditions Fayard.

Weinbach toujours au top !

10 fév

Les soeurs Faller sont connus comme le loup blanc des amateurs de vins d’Alsace. Avec leur mère Colette, Catherine et Laurence poursuivent la voie de l’excellence. Et ça marche ! Sur 28 hectares de vignoble sur la côte du Kaysersberg, dans le Haut-Rhin, elles produisent des vins d’une précision et d’une pureté magnifiques.
Depuis 1998, un tiers du vignoble est conduit en biodynamie ; les parcelles, très éclatées, couvrent une large diversité géologique et climatique des terroirs alsaciens, participant ainsi de la complexité des vins. En outre, les vendanges se font en limite de maturité pour obtenir des matières riches et pulpeuses.

Le domaine était à l’origine restreint à 5 hectares, une enceinte monastique appelée le clos des Capucins. Les moines y édifièrent le domaine en 1612, au pied de la colline du Schlossberg et le baptisèrent Weinbach, « ruisseau du vin », car un petit cours d’eau le traverse en contre-bas. Vendu comme bien national à la Révolution, le domaine est acheté par les frères Faller en 1898. Théo, décédé en 1979, est le mari de Colette ; il développa le domaine et fut à l’initiative de la reconnaissance de l’AOC Alsace.

Voici quelques-unes des cuvées que j’ai eu la chance de goûter lundi dernier (toujours !). Une chance car 65% de la production est vendue à l’export, une grosse partie est aussi prise d’assaut par les passionatas, donc ce qui reste est assez mince…

Riesling Théo 2008 : un riesling juteux, pulpeux, avec une grande allonge et de la vinosité. Je le verrai bien sur un poisson de rivière ou des saint-jacques poêlées.

Riesling GC Schlossberg 2008, cuvée Sainte-Catherine.
Ce vin est issu d’une sélection des meilleures parcelles de la partie basse du grand cru, un terroir granitique aux sols sableux peu profonds, avec des vignes d’une soixantaine d’années. Les raisins sont ramassés très mûrs, plus tard qu’à l’accoutumée et donnent un vin plus riche que ceux issus de la partie haute du coteau.
Très puissant, ce 2008 affiche une chair dense, très pure, étirée, d’une longueur superbe. Je l’associerai avec un caneton aux pêches ou un coq au riesling.

Pinot Gris 2008, cuvée Sainte-Catherine.
Avec 20 g de sucres résiduels environ, ce pinot s’ouvre sur des notes de sous-bois, légèrement truffées ; le sucre, davantage perceptible que sur le riesling, donne une fin de bouche plus ramassée.

Pinot Gris Altenbourg 2007.
Enorme matière, avec de très beaux amers sur la finale, qui prolongent le vin. Sucrosité fraîche (25 g de SR environ).

Gewurztraminer cuvée Théo 2008.
En limite du Schlossberg, ce vin puissant affiche une sucrosité contenue et gainée par une franche acidité et toujours ces amers profonds de fin de bouche.

Gewurztraminer GC Furstentum 2007.
Les saveurs d’orange amère restent coincées dans la gorge ! Grande puissance, un peu moins racée que sur le pinot gris en raison d’une sensation de sucre plus affirmée que sur le pinot.

Connaissez-vous Saint-Préfert ?

09 fév

Petit florilège de quelques bouteilles glanées ci et là, à l’occasion de dégustations.

J’ai revu avec bonheur Isabel Ferrando, du Domaine Saint-Préfert à Châteauneuf-du-Pape.
Deux mots sur le domaine : Isabel a quitté son métier dans la banque pour en 2002 reprendre treize hectares de la propriété d’origine de Saint-Préfert. Son premier millésime en 2003 fut un succès, les choses sont allées très vite ensuite. Le vignoble s’est agrandi du Domaine Colombis (2 ha) et d’une parcelle d’un hectare et demi, « Cristia ». Pur terroir castelpapal, Saint-Préfert est constitué de galets roulés et de graviers, planté notamment de vieilles vignes (60 ans en moyenne) qui produisent peu. Petits rendements obligés (20 hl/ha en moyenne) et travail manuel minutieux donnent des vins aux tanins extrêmement polis, au toucher suave et délicat.
Ici, grenache, syrah, mourvèdre et cinsault sont au diapason.

Voici les vins que j’ai dégustés lundi dernier à l’Ami Jean (temps merveilleux, ils étaient bien ouverts).

La cuvée Classique 2009, issue des jeunes vignes du domaine (80% grenache). C’est juteux, avec beaucoup d’énergie. Les tanins ne dominent pas, ce vin est promis à un bel avenir, déjà savoureux à ce stade.

Réserve Auguste Favier 2009 (grenache et cinsault). La matière est encore plus installée que dans la Classique, avec de la droiture, une matière pulpeuse et riche, joliment gainée dans un corps svelte et de bonne structure tannique.

Colombis 2009 (brut de cuve). 100% grenache sur sables. Vin très onctueux, tanins fins, ensemble joyeux.

Collection Charles Gérault 2009 (brut de cuve). Grenache et mourvèdre. Une grande âme. Beaucoup de volume, de puissance contenue dans un écrin de finesse. Chair raffinée, longueur énorme.

Enfin, je termine par le blanc 2010 (clairette et roussanne), non filtré, qui offre à ce stade un jus appétissant, gras, aromatique (notes de poire, de fruits blancs et exotiques), ample et de bonne amertume, très légère.

Si vous passez dans le coin, arrêtez-vous ! Et si vous avez l’occasion de goûter, pas d’hésitation !

57000 euros

08 fév

C’est le chiffre de la semaine. Soit le prix d’une bouteille de « jaune », datant de 1774. Ceux qui ont oublié quelques bouteilles de bon-papa dans leur cave seront ravis d’apprendre que le temps, c’est effectivement de l’argent. Et un paquet.
57 000 euros les 87 cl (puisque le clavelin, de mise pour le vin jaune, n’existait pas encore à cette époque, de même que l’appellation « vin jaune » : on parlait de « vin de garde » ; un peu mon neveu !!), cela fait 6551 euros et des brouettes le verre de 10 cl. Soit presque 655 euros la gorgée.

A ce prix-là, il fallait bien un Suisse pour l’acheter ! Et ce fut le cas. Pierre Chevrier a enchéri lors de la vente aux enchères de la Percée du vin jaune d’Arbois et remporté la mise.
Mais pour la bonne cause : ses intentions sont louables puisqu’il n’a nullement l’intention de revendre ce butin mais bien de le boire et d’en faire profiter ses amis dégustateurs ! Bravo !

Pour la grande Histoire, le site du journal Le Pays nous apprend que la plus vieille bouteille retrouvée à ce jour date de 1472. Un vin conservé dans la cave des Hospices de Strasbourg. Le dernier à l’avoir goûté est un certain… Général Leclerc, en 1944, après avoir libéré la ville.