Cathodique pratiquant
Direction Boulogne et les studios de LCI RADIO pour l’enregistrement de l’émission Buzz Vins, avec Thierry Desseauve.
Cette semaine, écoutez Marcel Guigal nous parler de la Côte Rôtie !
Allez hop, c’est parti :
http://lci.tf1.fr/lci-radio/buzz-vins/
Les podcasts sont désormais disponibles.
No signal
D’accord, d’accord, pas beaucoup de nouvelles en ce moment. J’ai des sujets en préparation je vous rassure, en mode « brouillon » même.
Mais ces temps-ci, entre les articles à boucler, les prochains reportages à caler (direction le Sud-Est !), les interviews de vignerons à désespérer car monsieur-untel-est-aux-vignes-ou-en-cave, la pile de linge à repasser et l’appart à ranger (j’ai encore failli me casser un doigt de pied sur une pile de livres, c’est lourd la culture !) et bien je vous dis, le quotidien m’a tuée….
Ajoutez à cela un stage de taekwondo pendant 5 jours à raison de deux heures chaque soir (passage de la ceinture verte dimanche), qui me fait écrire les lignes que vous êtes exactement en train de savourer à 23h06, les copines qu’il faut rassurer (mais oui il va te rappeler, mais non je t’assure, les mecs n’ont pas la même notion du temps que nous, 22 minutes sans sms, c’est normal, mais si on t’aime quand même, et patati et patata), et je vous laisse imaginer mon temps de cerveau disponible pour Picrocol.
Donc en ce début de semaine, j’ai bu l’excellent Deutz Brut Classic, toujours impeccable, un délicieux Vouvray Mont 2007 de Huet et un saint-joseph 2007 de Stéphane Montès, cuvée du Papy. Un charme fou, les épices à plein nez ! Je vous recommande ces trois vins.
Une télé sur le vin bientôt autorisée ?
Les sénateurs socialistes font bloc : c’est ce que nous dit un article du Figaro de ce matin (Delphine Chayet).
« Des parlementaires socialistes ont déposé une proposition de loi pour autoriser les chaînes payantes entièrement consacrées « à la vigne et au vin ». »
Mini mini mini…
Mini soif ? Mini Moutard.
La maison champenoise MOUTARD – comme Pommery avant elle et ses Pop – glisse sur la mode du modèle réduit.
En blanc et rosé, ce sont deux vins 100% pinot noir, présentés en bouteilles de 20 cl, bouchées à vis.
Pourquoi se contenter de si peu ? Pour boire seul, ce n’est pas très gai, pour être sûr de ne pas abuser, un peu radical !
Je les vois bien pour le train ces petites bouteilles, dans l’avion, en pique-nique.
Avec les amis, débouchons les magnums !
Vendus respectivement, au domaine seulement,
au prix de 6,55 € et 6,85 €.
Moët et Chandon
Je fus de sortie vendredi dernier pour visiter THE maison de Champagne, recordman du monde dans sa catégorie poids lourd.
1200 hectares de vignes en propre, des approvisionnements de 2800 hectares, cela nous fait un total de 4000 hectares. Sachant que la moyenne des rendements en Champagne est plus proche des 100 hl/ha que des 50, quel est le volume de vins produit par Moët et Chandon ?
J’ai tenté pour vous le calcul intégral : 40 millions de litres. Ce qui fait environ 55 millions de bouteilles. Soit près de 16% des volumes de la Champagne (330 millions de bouteilles en moyenne).
Passés ces quelques repères (qui peuvent être approximatifs j’en conviens, si vous pensez être plus près de la réalité, faites-m’en part), il faut plonger au fond des 28 kilomètres de galeries, creusées en partie à la main, pour prendre la pleine mesure de cette maison mythique.
L’ombre de Napoléon y plane encore : l’Empereur y vint le 28 juillet 1807.
Deux cents ans plus tard, voilà que je débarque … Bien sûr, je ne produits pas le même effet. Toutefois, je suis accueillie par Benoît Gouez, le chef de cave, qui a organisé une superbe dégustation dans les caves.
Nous débutons par le Brut Impérial, élaboré dans l’optique de refléter l’expression universelle du Champagne. Son profil généreux doit pouvoir s’adapter à toutes les situations, aussi bien en apéritif qu’à table. Élaboré avec 40% de pinot noir, autant de meunier et 20% de chardonnay, ce brut dosé à 9 g/l offre une chai juteuse, dense, fruitée. Il n’est pas très long mais la finale est tonique et reste fraîche.
Benoît Gouez souligne les deux grandes évolutions majeures : une diminution de la réduction grâce à une meilleure sélection des ferments, soit un vin plus franc et plus frais qu’il ne l’était, et une baisse sensible du dosage (passé de 13 g/l à 9 g/l aujourd’hui).
Les vins de réserve utilisés, âgés de un à deux ans, ne sont là que pour lisser le style, pas pour apporter de vinosité.
« J’ai le sentiment qu’on évolue vers davantage de légèreté et de fraîcheur. On est plus précis dans le goût » explique Benoît.
Ce Brut fait l’objet de trois assemblages par an, qui représentent chacun 5 à 7 lots de tirage ; le dosage est ajusté pour chaque lot étant donné que les vins sont différents au départ. Il peut donc y avoir de petites différences de dosage entre chaque lot.
Mais rendez-vous compte, les cuvées millésimés représentent moins de 10% des volumes ; si ce Brut occupe 80% de la production, selon mes calculs, cela fait en moyenne 40 millions de bouteilles par an, d’une régularité irréprochable à n’importe quel endroit de la planète…
Belle réussite.
Nous goûtâmes ensuite le Grand Vintage 2003 en blanc.
43% meunier, 29% pinot noir et 28% chardonnay.
Dosage à 5 g/l.
Très rond, enveloppant, assez charnu, il présente des arômes de fruits blancs, une finale fraîche avec un peu d’amertume. J’ai l’impression d’un vin confortable, moelleux, bien installé en bouche.
2003 étant une année atypique, il a fallu faire autrement que d’habitude, s’adapter. Benoît et ses équipiers avaient l’expérience de vinifications dans des pays chauds (lui-même a passé quelques temps en Californie, en Australie chez Cape Mentelle et en Nouvelle-Zélande). Ils avaient appris à gérer les tanins et les phénols !
Certains, poursuit Benoît, ont décidé de ne pas faire de millésime 2003. Pour trois raisons :
- le volume de récolte était faible, il n’y aurait pas eu suffisamment de vins de réserve par la suite ;
- les chardonays étaient lourds, les meuniers excellents mais à la réputation écornée… ;
- l’année manquait d’acidité. Or – et c’est un paradoxe ! – les années de basse acidité, comme 1990, 1976, 1959, 1941 sont aussi les meilleures et ont été millésimées ! Et les vins se sont parfaitement bien conservés…
Ce qui compte dit Benoît, c’est la structure phénolique des meuniers, idéale en 2003.
Vint après le Grand Vintage 2002 (qui sera commercialisé à l’automne)
51% chardonnay, 34% pinot noir, 15% meunier.
Dosage à 5,5 g/l.
Riche et épaulé, avec beaucoup d’amplitude en bouche, ce vin surprend par son allonge, son côté crémeux extrêmement séduisant.
La finale est plus longue que celle du 2003 ; le style est totalement différent : je dirais que ce 2002 a davantage de carrure que le 2003, mais sur un profil toujours très fin. La proportion supérieure de chardonnay contribue logiquement à insuffler davantage de rondeur à la structure.
1995 Collection Grand Vintage.
Dégorgé en 2008, bouché liège.
On monte encore d’un cran. Le nez est délicat, sur les épices, très fin. La première bouteille est totalement sous-bois, un peu trop d’ailleurs : Benoît en ouvre une seconde. Les notes de champignon sont toujours présentes, mais plus discrètes, moins caricaturales. Quel tempérament ! Il a un côté joufflu, la mine réjouie, on sent l’amande, les fruits, les épices. J’adore la finale, très persistante.
1990 Collection Grand Vintage.
Dégorgé en 2003, bouché liège.
Vingt ans… Age charnière… On avance ou on recule. Celui-ci avance, incontestablement. Il a bien négocié son adolescence, apparaît en pleine forme, sous des notes grillées, confites aussi, en tout cas un fruit très mûr. A la fois tendu et ample, étiré et généreux. Plus assagi que le 1995, il est moins orienté sur les épices, davantage sur le toffee, plus fondu et patiné aussi.
Une dernière surprise : un magnum de 1959 dégorgé à la volée sous mes yeux !
C’est toujours particulier de goûter un vin plus vieux que soi, très émouvant.
C’est un festival de saveurs épicées, de sous-bois, avec une pointe fumée. La truffe est bien présente aussi, c’est étonnant de fraîcheur et de plénitude. De grande dimension, à la fois puissant dans ses saveurs et délicat dans sa texture, ce champagne m’impressionne. Et 1959 est une année de faible acidité. Imaginez un peu la garde !
Rappel historique :
Claude Moët, négociant en vins, arrive en Champagne en 1717. Sa famille est originaire de Cumières. Les vins de la région commencent à être connus, il décide donc d’acheter un vignoble et débute la commercialisation de son propre vin en 1743. Bien vite, le succès arrive ; il fournit alors la cour de Louis XV ; la Pompadour est une fervente ambassadrice, on raconte qu’elle en aurait commandé 200 bouteilles pour un séjour de dix jours au château de Compiègne…
Le fils de Claude reprend l’affaire et la développe à l’étranger. Le petit-fils Jean-Rémi Moët va amorcer de grands changements. C’est lui qui va véritablement établir la marque Moët partout dans le monde. Polyglotte, il voyage et organise des dégustations pour développer un réseau commercial de premier ordre. Avec un formidable entregent (il est aussi maire d’Épernay durant 18 ans), il rencontre les grands de ce monde, notamment Napoléon, qui devient son ami. Le brut de la Maison est alors rebaptisé Brut Impérial en hommage à l’Empereur. Il fait construire de nouveaux bâtiments de l’autre côté de l’avenue de Champagne : une orangerie et une belle demeure inspirée du Trianon de Versailles.
Sa fille Adélaïde épousera Pierre-Gabriel Chandon, scellant ainsi le nom de la marque Moët et Chandon, aujourd’hui propriété du groupe LVMH (aux côtés des champagnes Ruinart, Dom Pérignon, Mercier, Veuve Clicquot).
Champagne Drappier
Je fus conviée mardi dernier à l’Arpège, cette belle « maison de cuisine » de la rue de Varenne, orchestrée par Alain Passard, pour y redécouvrir les champagnes de la Maison Drappier.
En apéritif, le Brut Nature Zéro Dosage, 100% pinot noir issu d’un mi-coteau calcaire exposé plein sud. Fin et étiré, aux arômes de fruits rouges, avec une finale perçante et citronnée, il est parfait pour se mettre les papilles en conditions. La réussite d’un non dosé (c’est-à-dire un champagne auquel aucun gramme de sucre n’a été ajouté lors du dosage) passe essentiellement par la qualité du vin de départ. Il ne s’agit en aucun cas de prendre un brut, et de lui enlever du sucre : le vin serait déséquilibré. Il faut « penser » le vin final sans sucre et sélectionner pour cela les jus les plus appropriés. (29 €)
Vint ensuite sur le premier plat – langoustines de Loctudy en fin carpaccio, une tuerie de pureté et de légèreté ! – la cuvée Quattuor. Un blanc de 4 blancs à proportions égales : arbane, pinot blanc, petit meslier, chardonnay. Cela donne un vin très suave, assez rond en bouche, avec un petit côté noisette, balancé idéalement par une fine acidité, tranchante. C’est vraiment un très beau vin, qu’il faut découvrir ne serait-ce pour ne pas mourir idiot et boire une autre facette de la Champagne ! (42 €)
Le Millésime d’Exception 2002 nous fut servi sur une fricassée de petits pois et pamplemousse, puis sur une poêlée d’épinards au sésame, mousseline de carottes à l’orange. Qui a dit que les légumes n’avaient pas de goût ? Un plat à défroquer un carnivore.
Comme son nom l’indique, cette cuvée n’est produite que dans les grandes années (il y eut ensuite 204). 65% pinot noir et 35% chardonnay. C’est un vin à la robe plus foncée, plus étoffé en bouche en bouche, d’une bonne largeur. Mais toujours avec ce profil fin et long caractéristique de la Maison, exacerbé par le faible dosage. Ce n’est pas un champagne très cher : 35 €.
Ensuite arriva la Grande Sendrée 1990, avec un turbot grillé au thé vert Matcha (c’est japonais) et une jardinière Arlequin (rien à voir avec la jardinière de légumes Picard que j’ai mangée la semaine dernière…). 55% pinot noir, 45% chardonnay. (dosage = 5 g/l)
Un vin somptueux, puissant, large, très droit et légèrement salin ; finale délicatement épicée. 68 €.
Vinifiée seulement les grandes années (1995, 1996, 1998, 1999, 2000, 2002 et 2004), cette cuvée qui doit son orthographe à une erreur de cadastre (pour cendré, comme la cendre) fut servie en carafe.
Mais attention les yeux, pas n’importe quelle carafe : celle-là a été conçue par Michel Drappier. Il nous explique.
Lorsque l’on carafe un champagne, il y a une perte de gaz indéniable mais on gagne en arômes. Il faut donc à la base un champagne avec de la matière, pour ne pas le décharner. On sait aujourd’hui que la bulle transporte des arômes : lors de sa formation, elle a le temps d’en emmagasiner dans ses petits bras musclés. Voilà donc pourquoi l’effervescence participe de la dégustation.
Le champagne est avant tout un vin qui évolue et s’oxyde au contact prolongé de l’oxygène, comme les autres vins. Or l’oxygène développe aussi les arômes, aère le vin. Donc lorsque l’on carafe un champagne, on gagne en arômes mais on perd en bulles (25 à 30%). CQFD.
L’optimum est donc une petite carafe arrondie dans le fond qui ne casse pas la veine de vin. Le chemin de la bouteille à la carafe doit être le plus court possible : on incline au départ la carafe à 45° et on la redresse au fur et à mesure, jusqu’à la verticale. Tout cela est parfaitement étudié, réglé comme du papier à musique.
Après ce cours magistral de physique-chimie, je regrettai d’avoir passé quelques moments sur ces matières le nez en l’air… tout cela me donna soif.
Et hop : le Carte d’Or 1982. 90% pinot noir, 7% chardonnay, 3% meunier, dégorgé en novembre 2008, dosé à 4-5 g/l.
Un champagne épicé, fin et élancé, d’une belle fraîcheur encore. 150 € quand même.
Génération publivore, je ne peux m’empêcher de penser aux glaces et au café… hors sujet… Bref, avec un foie gras de la Madeleine de Nonancourt grillé, rhubarbe à l’angélique. Rudement bon. Et une grillade de ris de veau bois de réglisse, chou vert de printemps. Épatants les ris, croustillants et fondants.
Et pour finir : le Brut rosé, 100% pinot noir, dosage à 10 g/l. Sur des fraises à l’infusion de pétales d’hibiscus. Un beau rosé de saignée, fruité, classique, pas trop appuyé. 29,50 €.
Installée à Urville depuis 1808, au cœur de la Côte des Bar, la famille Drappier possède 40 hectares de vignes plantées essentiellement en pinot noir (environ 70%), complété de chardonnay (15%) et autant de meunier. Avec les approvisionnements, le vignoble représente 75 hectares.
Les pinots noirs proviennent, outre le domaine en propre, de la Montagne de Reims, de Bouzy et d’Ambonnay. Les chardonnays viennent de l’Aube et de Cramant. Les rendements sont – pour la Champagne – lilliputiens : 40 à 60 hl/ha… De la haute-couture, avec un vignoble cultivé comme un jardin. Bien sûr, ces « petites » maisons peuvent plus facilement se le permettre.
Drappier est aussi l’une des rares maisons à cultiver encore de vieux cépages originels de la Champagne : arbane, petit meslier et pinot blanc, dont elle fait une cuvée « Quattuor ». La Maison Moutard élabore également une cuvée similaire, à base de cépages « oubliés ».
Autre spécificité de la maison : une prise de mousse dans le flacon d’origine pour tous les contenants, de la demi-bouteille aux très rares Primat (27 litres) et Melchizédec (30 litres). La prise de mousse s’effectue très lentement, les bouteilles vieillissent ensuite sur lattes pendant de longues années ; la fraîcheur des caves de Reims creusées dans la craie au siècle dernier y sont propices. Les caves d’Urville abritent quant à elles les cuvées spéciales et les grands contenants.
Drappier a pris le parti d’un faible dosage en sucre et en soufre, non seulement sur son Brut Nature mais aussi toutes ses cuvées.
Un spirituel, des spiritueux
Le blog d’Edonys
Le sémillant Jean-Michel Peyronnet ne lâche pas la bride. Responsable éditorial de la nouvelle (à venir) chaîne de télévision sur le vin, Edonys, il continue de clouer au pilori les iconoclastes qui se refusent à ce que l’on vante les mérites du vin et de son patrimoine (autant paysager que culturel) dans nos petites lucarnes.
Allez donc voir par là si j’y suis, parce que oui, j’y suis aussi.















