Articles de la catégorie ‘Dégustations’

Pas fou Lallier !

11 juil

J’adore le champagne, doublement lorsqu’il n’est pas dosé. Deux raisons qui m’ont poussée à franchir la porte du Violon d’Ingres pour y réviser la gamme des champagnes Lallier, une petite maison d’Aÿ que j’avais découverte deux ans plus tôt. Autour de la table ce jour-là, le dégustateur Bernard Burtschy et Serge Dubs, le sommelier du triple étoilé L’Auberge de l’Ill, qui conseille la maison sur la partie vinification et assemblage.

J’arrive à vélo, il fait chaud. Crac, apéro. On me colle le blanc de blancs dans les narines, ça réhydrate fissa. Tendu, frais, incisif. Forcément on se dit que des gentillesses, mais je suis surtout ravie de faire enfin la connaissance de Serge Dubs, venu avec son épouse, et dont la réputation résonne à mes oreilles chaque fois que je me rends dans le vignoble alsacien. Cette fois-ci il ne m’échappera pas hé hé !

Lallier en deux mots, c’est 400 000 bouteilles, uniquement en Grand Cru, chardonnay et pinot noir, 12 hectares en propre et une cinquantaine d’hectares en approvisionnements (bien sûr là aussi en grands crus exclusivement). Cette petite maison champenoise a été rachetée en 2004 par Francis Tribaut, vigneron du cru, à James Lallier qui l’avait lui-même acquise en 1996 ; avant cela, la marque battait pavillon René Brun. James Lallier créa ainsi le champagne René-James Lallier (Lallier tout court c’est quand même mieux !). Sachez aussi que la famille Lallier est apparentée à la famille Deutz.

Voilà pour les présentations. Côté vin, ce que j’aime chez Lallier c’est sa fraîcheur et sa tension. Mais pas dans le genre dépouillé : il y a du vin, on n’est pas là non plus pour siroter de la coupette. Circulez jeunes filles ! Non mais.

Mes préférés sont le zéro dosage (70% de pinot noir, vineux, étincelant), le blanc de blancs et le rosé : un rosé délicat, dosé à 7g, obtenu par saignée (70% de saignée avec 40% de chardonnay) et par ajout de vin rouge. Mais le grand apport de raisin blanc lui donne une belle énergie et évite l’écueil du fruit rouge (genre confiture Bonne Maman). C’est un vin qui détrônera facilement le blanc à l’apéritif.

Il y eut aussi un 1985 très en forme, toasté, vineux, une belle preuve d’espérance sur la longévité champenoise. Et le Grande Réserve (le brut), très bien aussi dans un style plus simple.

Et pour le dessert, un Grand Dosage épatant : grand dosage déjà, rien que le nom met en appétit (beaucoup mieux que les doux, demi-doux, pas très secs, moelleux, sucrés, et pire, les secs qui sont en fait des doux !!! A devenir timbré !). C’est en réalité un 2004 démillésimé et rhabillé en doux. Pas trop sucré pour autant (18 g), il offre juste ce qu’il faut de douceur pour accompagner le millefeuille à la vanille qui s’avance en majesté.

Champagne Lallier à Aÿ – Tél. : 03 26 55 43 40
www.champagne-lallier.com
Vins entre 28 et 49 euros chez les cavistes.

Photos Picrocol

Aujourd’hui, c’est l’Enfer

22 avr

Et ce n’est pas toujours les autres.
Le rosé d’Enfer des Producteurs de Plaimont est un drôle de vin, gourmand en diable. Vinifié par pressée, avec le cépage pinenc – aussi connu sous le nom de fer servadou, que l’on trouve notamment du côté d’Estaing – il donne des arômes de fruits rouges assez corsés. Dégusté après un Côtes de Provence, le contraste était saisissant. La pâleur de l’un contre la vinosité de l’autre, la délicatesse florale contre une franchise aromatique plus intense.

Le pinenc est un cépage gascon remis au goût du jour par les producteurs de la cave de Plaimont depuis une vingtaine d’années. Ce cépage aromatique développe des parfums floraux mais aussi de fruits rouges sauvages et de bourgeon de cassis. C’est vrai qu’il y a un petit côté végétal qui ressort à la dégustation, donnant du grain au vin, une certaine d’épaisseur.

Ce rosé d’Enfer est à déguster sur des grillades, charcuteries, crevettes roses, curry de poissons, servi bien frais.
Prix : 6,50 euros. Disponible par correspondance au 05 62 69 62 87.
Assemblage : 40% pinenc, 40% tannat et 20% cabernet sauvignon.

Primeurs J-2 : la vie de château

01 avr

Dégustation au Château Guiraud

L’Union des Grands Crus (UGC) annonce la venue de 5000 professionnels, en provenance de plus de 66 pays. Ces importateurs, distributeurs, cavistes et grands restaurateurs seront accueillis les 5, 6 et 7 avril dans sept châteaux où les responsables des différents crus présenteront le millésime 2010.

En ce qui me concerne, je ferai partie des happy few : des 115 journalistes spécialisés qui suivront le programme personnalisé de dégustations. Je serai avec Michel Bettane et Guy Charneau (Grand Tasting, Grand Guide des Vins de France) et je peux vous dire que cette semaine-là, c’est un marathon.
Heureusement, on était déjà passé fin janvier pour regoûter les premiers et les seconds sur les millésimes 2008 et 2009, histoire de s’entraîner. Cos d’Estournel, Pichon Baron, Haut-Brion, Lafite-Rothschild, Latour, Mouton Rothshild, Ducru-Beaucaillou, Lagrange, Léoville Las Cases, Margaux, Palmer, Climens, Guiraud, Giscours, Brane-Cantenac, du Tertre, Lagrange… Egalement petite séance d’assemblage à Haut-Bailly avec Véronique Sanders.
Nous sommes passés chez chacun, reçus comme des papes, et clou de la semaine, terminée en apothéose : déjeuner au Château d’Yquem ! Ma pomme juste à la gauche de Pierre Lurton, avant une visite privée du chai par Sandrine Garbay, oenologue.

Michel Bettane et Bérénice Lurton à Climens

Pour les notes des vins, vous retrouverez tout cela dans la prochaine édition du Grand Guide des Vins de France 2012. D’ailleurs en ce moment, tous les dégustateurs sont sur le pont, éparpillés façon puzzle dans tous les vignobles de France pour goûter tous les vins.

Lundi soir également, petite répétition avec la dégustation annuelle du millésime par les Vignerons Consultants : les domaines conseillés par Stéphane Derenoncourt.
Je retiens de ces 2010 qu’ils sont un bon assemblage des 2008 et 2009. J’entends par là qu’ils ont la rondeur et le fruit des 2009, mais sans l’exubérance ni le muscle, et la finesse et la droiture des 2008. Au passage, le 2008 est assurément un millésime génial ; j’ai adoré – entre autres – Cos d’Estournel 2008, Lafite 2008 et Armailhac (excellent, moins connu, donc il vous restera un bras après l’avoir acheté).

Mais revenons à l’actualité du moment : les primeurs. Le rythme est des plus soutenus, le passage dans chaque propriété chronométré. L’année dernière, j’ai absolument voulu goûté Latour le vendredi soir : résultat j’ai raté mon train !

Interview de Gérard Perse pour B&D

Début des hostilités ce week-end avec les « off », les fêtes données par les uns et les autres dans leurs grands châteaux.
Pour ma part, je sèche le samedi soir (j’ai piscine) mais je serai au taquet chez Gérard Perse (Pavie) le dimanche soir, dans son Hostellerie de Plaisance à Saint-Émilion. Les 10 plus beaux millésimes de ses grands crus de Saint-Émilion seront servis à table : ça promet.

Ensuite, comme chaque année, on débute par les sauternes le lundi après-midi.
Et la grande soirée d’accueil se déroule cette année au Château Smith Haut-Lafitte (Pessac Léognan).
Et dès le mardi matin, dégustations regroupées des Grands Crus et visites individuelles château par château, avec les propriétaires.

Je vous tiendrai au courant, sûrement plus par Twitter que par le blog, car étant donné le programme non-stop et les aléas de connexion en wifi, je ferai avec les moyens du bord !
Suivez aussi Michel Bettane et Thierry Desseauve sur Twitter et Facebook !
Détails croustillants garantis….

PHOTOS DE GUY CHARNEAU

Blin’s Blin’s chez Liza

25 mar

Blin vous connaissez ? Une coopérative champenoise créée après-guerre par Henri Blin, à Vincelles dans la Marne, au pays du meunier. Ce cépage, souvent décrié, constitue ici 80% des assemblages ; il y a même une cuvée de coteaux champenois de pur meunier, il paraît que c’est unique, mais je ne l’ai pas goûtée, dommage. Ce sera pour une prochaine fois ! Cette coopérative champenoise regroupe 130 hectares pour 110 adhérents.

En deux mots, arrêtons-nous un instant sur le cépage meunier, le deuxième après le pinot noir en terme de surface plantée (en Champagne bien sûr). On le trouve surtout dans la Marne et l’Aisne mais également dans la Côte des Bar. Il est planté sur des sols marneux et argileux riches en limons et pauvres en calcaire, sur des terrains froids en bas de coteaux ou des terres à dominante calcaire comme dans la Vallée du Surmelin.
Le meunier est communément utilisé dans l’assemblage pour son fruité, sa rondeur et sa souplesse ; complétant ainsi la fraîcheur et la minéralité du chardonnay et la puissance et la structure du pinot noir.

L’exercice du jour était autre : découvrir les deux nouvelles cuvées de la gamme Blin’s, un rosé et un 2002 extra-brut. Le tout servi sur une cuisine libanaise puisque nous étions chez Liza, nouvel ambassadeur du pays du cèdre depuis 2005, échoué en plein bling bling, entre la rue de la Banque et la Bourse.

Côté vin, du beau et du bon, mis à part peut-être qu’il fallut s’y reprendre à deux fois pour trouver la bonne bouteille. Un repos sur lattes insuffisant après le dégorgement ? (trois mois). Je ne sais pas. Toujours est-il que le Edition Limitée Millésimé 2002 Extra-Brut (chardonnay, pinot noir et meunier à parts égales, dosage à 6g/l) se montra sensiblement coopératif sur la friture de daurade royale et d’aubergines. Une structure vivace, élancée, fruitée juste ce qu’il faut.
J’ai trouvé le rosé était un poil dosé, mais venant juste après, il souffrait de la comparaison. Et il faut dire qu’étant dingo des bruts zéro… Assemblage de meunier (70%) et chardonnay (10%) avec 20% de coteaux champenois, ce qui est une proportion importante, dosé à 10g/l, il s’accorda parfaitement avec l’agneau confit, très fondant, et le riz aux cinq épices.

Côté cuisine, mon voisin de gauche trancha : « un rapport qualité-prix canon pour le quartier ! » Il faut dire que dans le coin, le moindre sandwich coûte un bras et qu’ils ne doivent pas connaître les tickets resto…

Outre la découverte de ces champagnes, fort bien troussés, l’association libanaise sonnait juste. Une belle idée qui démontrait, si besoin était, que le champagne n’est pas uniquement un vin d’apéritif mais que l’on peut en faire tout un repas. On s’arrêtera juste au dessert, à moins qu’un entremets aux fruits rouges, pas trop sucré, fasse le lien, habilement, avec le rosé ou un demi-sec.
A suivre ! Et à demander à votre caviste…

Champagnes Blin
Millésime 2002 Extra Brut et Rosé Brut : 35 € à 40 € chez les cavistes.

Liza
14 rue de la Banque, 75002 Paris. Tél. : 01 55 35 00 66
www.restaurant-liza.com

Palmer contre Palmer

14 mar

Boire un vin qui n’existe pas n’est pas une chose que l’on fait tous les jours. J’ai tenté l’expérience il y a deux semaines, dégustant le blanc de Palmer, ou plus exactement le « vin de Palmer » dans sa version incolore. Pas sans saveur pour autant, ni originalité. Assemblage de muscadelle à 60% et de loset pour le reste, ce vin quelque peu baroque se laissait gentiment apprivoiser à grandes lampées.
Thomas Duroux, l’habile directeur de Château Palmer, s’amuse à sortir du cadre rouge et gratter la terre de quelques parcelles margaliennes déchues, reléguées en troisième division de vin de table. Quitte à se démarquer des couples éculés « sauvignon-sémillon », voire des triptyques « sauvignon-sémillon-muscadelle », Thomas a fait fort et été cherché du côté de chez Plageoles dans le Gaillacois quelques vieux pieds de muscadelle – 90 ans – pour leur adjoindre un plant plus exotique, appelé loset ou doset ou encore courbin blanc.

Ce blanc 2009 est le troisième essai récent pour Palmer mais jusque dans les années 30, on produisait déjà un vin blanc sur la propriété ; les vignes furent arrachées par la suite. En 2005 un hectare a été replanté en muscadelle, sauvignon gris, loset et merlot blanc, sur un terroir argileux et froid. Ce dernier n’a rien donné de passionnant, il n’entre plus dans l’assemblage, de même que le sauvignon gris.

Alors quoi, comment est-il ce blanc ? C’est un vin coulant, bien équilibré, vinifié et élevé en fûts, avec à ce stade une pointe légère de barrique qui relève finement une bouche juteuse, de bonne acidité, pas trop incisive.

Restant dans le rare, j’ai ensuite goûté au fameux margaux hermitagé… Un mythe qui s’est ce jour-là concrétisé liquidement.
Pour rappel ou connaissance, il était d’usage de mélanger les bordeaux avec un peu de syrah du Rhône Nord, de l’Hermitage notamment mais aussi de Côte Rôtie ou de Cornas. On disait alors « travailler à l’anglaise » ou « ermitager » un vin…
Cette pratique, en usage dès le 17e siècle, a perduré jusqu’au début du 20e siècle ; les négociants de Tain expédiaient alors leurs vins vers l’Angleterre, via Bordeaux, où ils étaient « assemblés » pour satisfaire le goût des Anglais. A l’époque, cette pratique était totalement légale. Et bien entendu, les grands crus étaient coupés avec des hermitages de grande qualité, les crus secondaires avec des syrahs moins nobles.

L’assemblage Palmer, avec 12% de syrah (venant de différents terroirs d’Hermitage, Côte Rôtie, Cornas et Saint-Joseph) offre un profil vraiment différent. Bien sûr le millésime servi – 2007 – est encore tout jeunot, cela dit au nez, on se demande bien ce qui se passe. N’ayant pas vu la bouteille, je me disais bien qu’il y avait là quelque chose d’inhabituel. La syrah apporte un peu d’épaules au vin, une texture satinée, des notes d’épices légères. Formidable avec l’épaule d’agneau au risotto d’épeautre. Trois millésimes ont déjà été produits, 2004, 2006 et 2007, en quantités restreintes (environ 4 000 bouteilles).

Enfin, Plamer 1998 était aussi de la partie ce jour-là, servi avec des fagottinis farcies de pomme de terre Vitelotte et comté doux, avec un consommé de lardon, chapon et truffe… Un vin très soyeux, au grain fin, dominé par ses 52% de merlot (en 1938, Louis Miailhe en avait planté beaucoup, de même qu’à Pichon Comtesse dont il était aussi propriétaire). Quelques notes de cèdre et de fumé qui me rappellent un peu les grands pauillacs !

Je vous raconterai la suite lors de ma visite des Primeurs (du 3 au 9 avril prochains)…

Le sauvignon du moment !

12 fév

Après six ans passés chez Charles Joguet, l’un des meilleurs domaines de Chinon, François-Xavier Barc a créé en mai 2010 sa structure de production et de négoce « Complices de Loire« .

Avec un associé, ils ont sélectionné des vignerons qui partagent leur vision du vin – sincérité, pureté du fruit – et élaborent toute une gamme de vins ligériens, sur les deux rives : Saint-Nicolas de Bourgueil, Bourgueil, Touraine Sauvignon, Saumur-Champigny, Chinon.

Parmi les vins dégustés, un petit coup de coeur pour le tout nouveau Touraine 2010, qui n’a pas encore été baptisé… Un sauvignon plein et juteux, avec des fruits blancs et des agrumes, sans cette rigueur végétale que l’on trouve sur un grand nombre de vins de ce cépage.
En l’attendant, attardez-vous sur l’autre cuvée Touraine Sauvignon 2010, joliment nommée « Pointes d’agrumes », tout aussi jolie, un peu plus tendue, parfaite pour l’apéritif, sur des poissons blancs ou des fruits de mer.

Prix : 12 euros pour le « sans nom » et 6 euros pour Pointes d’Agrumes
Contact : François-Xavier Barc
06 84 35 22 07
fxbarc@complicesdeloire.com

Weinbach toujours au top !

10 fév

Les soeurs Faller sont connus comme le loup blanc des amateurs de vins d’Alsace. Avec leur mère Colette, Catherine et Laurence poursuivent la voie de l’excellence. Et ça marche ! Sur 28 hectares de vignoble sur la côte du Kaysersberg, dans le Haut-Rhin, elles produisent des vins d’une précision et d’une pureté magnifiques.
Depuis 1998, un tiers du vignoble est conduit en biodynamie ; les parcelles, très éclatées, couvrent une large diversité géologique et climatique des terroirs alsaciens, participant ainsi de la complexité des vins. En outre, les vendanges se font en limite de maturité pour obtenir des matières riches et pulpeuses.

Le domaine était à l’origine restreint à 5 hectares, une enceinte monastique appelée le clos des Capucins. Les moines y édifièrent le domaine en 1612, au pied de la colline du Schlossberg et le baptisèrent Weinbach, « ruisseau du vin », car un petit cours d’eau le traverse en contre-bas. Vendu comme bien national à la Révolution, le domaine est acheté par les frères Faller en 1898. Théo, décédé en 1979, est le mari de Colette ; il développa le domaine et fut à l’initiative de la reconnaissance de l’AOC Alsace.

Voici quelques-unes des cuvées que j’ai eu la chance de goûter lundi dernier (toujours !). Une chance car 65% de la production est vendue à l’export, une grosse partie est aussi prise d’assaut par les passionatas, donc ce qui reste est assez mince…

Riesling Théo 2008 : un riesling juteux, pulpeux, avec une grande allonge et de la vinosité. Je le verrai bien sur un poisson de rivière ou des saint-jacques poêlées.

Riesling GC Schlossberg 2008, cuvée Sainte-Catherine.
Ce vin est issu d’une sélection des meilleures parcelles de la partie basse du grand cru, un terroir granitique aux sols sableux peu profonds, avec des vignes d’une soixantaine d’années. Les raisins sont ramassés très mûrs, plus tard qu’à l’accoutumée et donnent un vin plus riche que ceux issus de la partie haute du coteau.
Très puissant, ce 2008 affiche une chair dense, très pure, étirée, d’une longueur superbe. Je l’associerai avec un caneton aux pêches ou un coq au riesling.

Pinot Gris 2008, cuvée Sainte-Catherine.
Avec 20 g de sucres résiduels environ, ce pinot s’ouvre sur des notes de sous-bois, légèrement truffées ; le sucre, davantage perceptible que sur le riesling, donne une fin de bouche plus ramassée.

Pinot Gris Altenbourg 2007.
Enorme matière, avec de très beaux amers sur la finale, qui prolongent le vin. Sucrosité fraîche (25 g de SR environ).

Gewurztraminer cuvée Théo 2008.
En limite du Schlossberg, ce vin puissant affiche une sucrosité contenue et gainée par une franche acidité et toujours ces amers profonds de fin de bouche.

Gewurztraminer GC Furstentum 2007.
Les saveurs d’orange amère restent coincées dans la gorge ! Grande puissance, un peu moins racée que sur le pinot gris en raison d’une sensation de sucre plus affirmée que sur le pinot.

Connaissez-vous Saint-Préfert ?

09 fév

Petit florilège de quelques bouteilles glanées ci et là, à l’occasion de dégustations.

J’ai revu avec bonheur Isabel Ferrando, du Domaine Saint-Préfert à Châteauneuf-du-Pape.
Deux mots sur le domaine : Isabel a quitté son métier dans la banque pour en 2002 reprendre treize hectares de la propriété d’origine de Saint-Préfert. Son premier millésime en 2003 fut un succès, les choses sont allées très vite ensuite. Le vignoble s’est agrandi du Domaine Colombis (2 ha) et d’une parcelle d’un hectare et demi, « Cristia ». Pur terroir castelpapal, Saint-Préfert est constitué de galets roulés et de graviers, planté notamment de vieilles vignes (60 ans en moyenne) qui produisent peu. Petits rendements obligés (20 hl/ha en moyenne) et travail manuel minutieux donnent des vins aux tanins extrêmement polis, au toucher suave et délicat.
Ici, grenache, syrah, mourvèdre et cinsault sont au diapason.

Voici les vins que j’ai dégustés lundi dernier à l’Ami Jean (temps merveilleux, ils étaient bien ouverts).

La cuvée Classique 2009, issue des jeunes vignes du domaine (80% grenache). C’est juteux, avec beaucoup d’énergie. Les tanins ne dominent pas, ce vin est promis à un bel avenir, déjà savoureux à ce stade.

Réserve Auguste Favier 2009 (grenache et cinsault). La matière est encore plus installée que dans la Classique, avec de la droiture, une matière pulpeuse et riche, joliment gainée dans un corps svelte et de bonne structure tannique.

Colombis 2009 (brut de cuve). 100% grenache sur sables. Vin très onctueux, tanins fins, ensemble joyeux.

Collection Charles Gérault 2009 (brut de cuve). Grenache et mourvèdre. Une grande âme. Beaucoup de volume, de puissance contenue dans un écrin de finesse. Chair raffinée, longueur énorme.

Enfin, je termine par le blanc 2010 (clairette et roussanne), non filtré, qui offre à ce stade un jus appétissant, gras, aromatique (notes de poire, de fruits blancs et exotiques), ample et de bonne amertume, très légère.

Si vous passez dans le coin, arrêtez-vous ! Et si vous avez l’occasion de goûter, pas d’hésitation !

Ulysse revient !

07 fév

Ulysse revient, et c’est un bien long chemin
Ulysse revient, il lutte pour son destin.

http://www.youtube.com/watch?v=C66wYbOWDjI

Vous vous demandez sans doute quel est le rapport avec la choucroute ? Et bien si vous aviez goûté le Champagne Ulysse Collin, vous l’auriez vu tout de suite, le rapport. Car ça s’est passé en 2003 ap. J.C et quelques années et des poussières intergalactiques après Anselme Selosse.

Olivier Collin, tout droit sorti de ses études (de droit), a repris les vignes familiales il y a huit ans pour produire trois vins. Il explique le concept : « Trois parcelles, trois terroirs, trois villages, mais un seul vigneron. » Mieux que l’Oréal en fait. Comprenez que le vigneron s’efface derrière son terroir, en l’occurrence une parcelle crayeuse, où pousse le chardonnay qui fait la cuvée blanc de blancs, et une parcelle d’argiles rouges, où sont plantées des vignes de pinot noir d’une quarantaine d’années.
Au total, Olivier ne garde que 2,70 hectares sur les 8,75 ha qu’il possède,, pour élaborer son vin ; le reste des raisins est vendu au négoce.

Formé (en fait « non déformé » comme il dit) par Anselme Selosse, le chantre de la bulle carrée, le roi du tonneau, le fou du fût qui sublime le vin, Olivier a fait copier-coller mais à sa manière. Il a repris la méthode de l’élevage en fût, la seule qu’il connaissait finalement. Et bien lui en a pris car ce garçon astucieux produit de très belles cuvées, toutes non dosées (« extra brut »), passées en moyenne 13 mois en fûts.

« J’expérimente, je réfléchis, j’observe et je teste. Je regarde si le résultat change la donne, améliore ou pas. J’aime comprendre ce que je fais ». Qui lui en voudrait de procéder ainsi ?

J’ai goûté le blanc de blanc (base 2007), très enlevé, d’un tempérament joyeux, de belle définition. Le pinot noir dégorgé à la volée sur le trottoir d’en face se goûtait plus difficilement mais il y avait du jus !
J’attends de le revoir en bouteille.