Les hermitages de Ferraton
Rendez-vous était donné, jeudi dernier, à la Maison de l’Aubrac, rue Marboeuf. Grégory Viennois était venu « sur les Champs » nous présenter quelques-unes de ses cuvées d’Hermitage – et non des moindres, à moi-même et à Egmont Labadie*, Monsieur-bar-à-vins à qui l’on doit également cette photo de Grégory.
Le jeune homme, la trentaine passée, est sympathique, souriant, et n’a rien d’un novice. Une expérience forgée auprès de grands « maîtres » (Stéphane Derenoncourt, Nadine Gublin du Domaine Jacques Prieur en Bourgogne notamment) l’a parachuté dans la Chapoutiers’ Team. Directeur technique de l’auguste maison (fonction qu’il exerce toujours), il a ajouté une corde de plus à son arc en 2004, prenant la tête du domaine Ferraton. Bio convaincu, tendance observation et accompagnement, il aime travailler ses vignes « comme un jardin ».
Bien sûr, le même soin est apporté aux cuvées de Chapoutier et à celles de Ferraton, les deux noms se rejoignant sur plusieurs appellations (Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Côte Rôtie, Condrieu, Cornas, Côtes du Rhône, Tavel et Châteauneuf-du-Pape). Toutefois, à la question de savoir ce qui les différencie dnas le style, Grégory dévoile travailler davantage sur la réductin les cuvées Chapoutier, donnant ainsi des vins un peu plus massifs, tandis que Ferraton irait vers davantage de délicatesse de texture. Avec aussi cette faculté d’être prêts à boire plus rapidement.
Forcément, une fois les présentations faites, on se dit que tout cela ne peut pas être foncièrement ni palatalement mauvais… Même si je dois avouer une certaine ignorance, du moins une non maîtrise absolue du sujet de l’Hermitage, la démonstration – verre en main – est édifiante. D’autant que nous sommes ici guidés par le maître des bouteilles ; rien de plus simple d’avoir le commentaire en direct. Qu’est-ce que je bois ? Qu’est-ce que je ressens ? Pourquoi ? Comment avez-vous fait ?
En quatre coups de bouteille, voilà quelques éléments de réponse, forcément partiels, peut-être partisans, certainement éclairants.
Saint-Joseph blanc 2008 « La Source » (13 €) – Négoce (achats de raisins). Ce vin est un 100% marsanne, l’un des cépages du Rhône Nord. Le terroir de Saint-Joseph est réputé pour ses granits. Elevé en demi-muids et en cuve inox, j’ai aimé l’apport quasi imperceptible du bois (le non-bois), le nez d’amande, la finale légèrement amère, sa droiture. Il manquait toutefois à mon goût d’un peu d’acidité mais là sans doute n’était pas le but ; gras et ample le rattachent ainsi parfaitement à ses pairs. La longueur toutefois n’est pas phénoménale. Parfait en fin de compte pour débuter le repas, ce que nous avons fait avec des tapas de légumes et de boeuf. On attend la suite !…
Crozes-Hermitage rouge 2007 « La Matinière » (10,50 €). Un vin au fruité franc, marqué par le cassis et la framboise. Très beau jus, dense, enjoué. Des notes mentholées, de garrigue, d’épices. C’est frais, très aromatique. A ce prix-là, c’est le bon plan ; ça glisse tout seul.
Hermitage rouge 2006 Les Miaux (42 €). Les vignes du domaine sont mises à contribution (parcelles des Diognières à 80% et du Méal). Attachez vos ceintures, on passe à la vitesse supérieure. Un petit bolide à la mécanique précise : tanins enrobés, racés, structure étirée, jus profond. Alors bien sûr c’est encore jeunot, mais si c’est déjà bon maintenant, c’est bon signe ! Le nez est dense, épicé, le corps à la fois charnu et si délicat, juteux, les tanins parfaitement enrobés, tapissant le palais. Hummm ! L’acidité sous-jacente étire l’ensemble, c’est onctueux, long, plein. Mais que demande le peuple ? J’avais pris un quasi d’agneau : parfait. On ne fait pas un métier facile, moi je vous le dis.
Hermitage rouge 2006 Le Méal (+80 €). On vient de franchir le mur du son. La profondeur et la persistance de cette cuvée sont supérieures à la précédente. Sur le plan aromatique, le registre est sensiblement le même. La différence s’exprime dans la structure, plus dense, le charme plus raffiné, les tanins plus veloutés. Du ++ qui coûte tout de même un bras, voire les deux… Je repars tout de même entière, professionnalisme oblige
Voilà comment, en quelques verres, on peut parcourir des paysages, toucher du doigt la subtile complexité du mot terroir, en comprendre les différentes sensibilités. Tout cela bien sûr n’est qu’une mise en bouche avant d’aller plus loin, explorer plus avant ces grands vins.
TAST, le magazine de Bettane&Desseauve, consacre une étude ultra-complète aux terroirs de l’hermitage, réalisée par Guillaume Puzo. Histoire, sols, style des vins, rien n’est laissé de côté et chaque domaine et négoce y sont décrits très précisément. Pour vous procurer le numéro en format pdf (environ 10 €), vous pouvez envoyer un mail à bb@bettanedesseauve.com (de la part de Picrocol).
* Egmont Labadie est journaliste spécialisé dans les vins. Son dada : les bars … (Attention Egmont, je t’ai à l’oeil !) Il les recense, les écume, les consigne, les note, les teste (avec méthode et application). Tout cela pour quoi ? Mais pour vous faciliter la vie ! Retrouvez son guide les Zinzins du Zinc et son blog http://terredevins.com/blogs/zinzinsduzinc/. A venir : un guide des bars à vins parisiens ! Miam miam glou glou.




